Casque Grape O310, de nature... si fragile !

Comment qualifier aujourd'hui la marque Grape, si ce n'est par obscure et extrêmement peu visible, dotée d'un catalogue produit plus que restreint, et disparue curieusement un peu trop tôt.

Ici, en opposition à la concurrence qui se contente allègrement du plastique, le coté bois du casque nomade O310 de Grape nous a intéressé tout particulièrement. Attirant et souhaitant concilier nature et audiophilie, la promesse sera-t-elle tenue ?

Prix Public : à partir de 40€

On parle assez souvent de l'imbrication des filiales asiatiques qui rendent très difficiles la compréhension des structures de leurs sociétés tentaculaires. Mais nous avons ici le même exemple, en Europe cette fois-ci, avec la marque Grape. Crée très probablement vers l'année 2012 au moment d'une tentative de diversification, elle semble être le fruit du danois Kjaerulff1Digital A/S, alors spécialiste des accessoires TV et satellite pour professionnels. Fondée tout de même en 1956, la société demeure introuvable après 2018.

Ah nos sacrés amis nordiques... et leurs noms définitivement imprononçables !

Mais avant cela vers 2013, elle cède une partie de ses activités au groupe EET, distributeur de solutions numériques en pleine expansion. Et c'est ainsi que très certainement le casque Grape O310, initialement sous Kjaerulff1, se retrouve intégré au groupe et disponible en Europe et dans le monde, via leur plateforme logistique, d'où la mention "Made by EET Group A/S" sur l'une des tranches de la boite du casque.


Mais revenons à Grape et son logo ! S'il n'y a pas vraiment d'explication sur sa signification, il faut tout de même signaler qu'il se retrouve encore aujourd'hui utilisé par marque Icotera. Certainement plus récente et consacrée aux équipements réseaux, elle n'a donc plus rien à voir avec le domaine audio. Serait-ce un simple changement de nom et de secteur d'activité pour la société Kjaerulff1 ? Difficile à dire. Néanmoins, l'image d'accueil est assez surprenante et fait peut-être un petit clin d'oeil à son passé...


Lorsque l'on creuse un peu plus en profondeur dans la gamme de produits audio Grape, ils semblent très proches de ce que produit le fabricant Esmooth. Ce dernier étant un acteur reconnu dans le domaine des casques et des écouteurs en bois, il y a fort à parier qu'il en soit le fabricant.

Précisons également qu'Esmooth semble aussi fournir ses produits bois à d'autres marques, citons Symphonized, Dual, Ryght ou Montsegur. Pas totalement original et dépourvu d'adn, ces casques Grape O3xx n'ont peut être été qu'une tentative de vente en masse, sur un marché en pleine expansion. Ceci expliquerais également leur absence actuelle des catalogues EET.


Quoi qu'il en soit, le casque O310 semble à première vue assez bien conçu et très attirant dans sa boite cartonnée qui fleure bon le recyclé. Minimaliste, elle semble considérer le monde via 4 peuples majeurs : les anglais et leur flegme légendaire, les allemands et leur rigueur, les suédois et leurs meubles en kit, et enfin les écolos danois.


D'une extrême souplesse et brute de couleur kraft, elle revendique ouvertement un certain côté écologique respectueux de la nature. On peut d'ailleurs s'en convaincre au travers de quelques lignes anglophones sur l'arrière de la boite où la marque nous explique qu'un casque vendu, c'est un euro reversé à une organisation de lutte contre la déforestation, à nous de trouver laquelle puisque son nom n'est jamais cité.


Elle propose même de se rendre directement sur son site pour suivre l'ensemble de son action, site internet (grape-tech.com) qui aujourd'hui n'existe plus. Et immédiatement après ces quelques secondes de lecture viennent des questionnements, le singe en mascotte hilare nous interpelle : mais de qui se moque-t-il ?


L'O310 est avant tout un casque nomade de taille réduite qui est pliable et compatible mobile. Sa plus grande particularité réside dans l'usage de bois acoustique, ici l'ébène est utilisé pour ses pavillons. Deux autres modèles existent également, en bois de bubinga et bambou. Autre avantage, son câble est totalement amovible, avec séparation des canaux gauche et droit de la masse ce qui permet, si l'on trouve un câble compatible, d'utiliser le casque sur prises symétriques.


Une fois la boite ouverte, première surprise ! Le casque et ses accessoires sont protégés par un support plastique transparent et bon marché que l'on retrouve un peu partout, faisant un véritable pied de nez à la nature ! Si ces questions d'écologie étaient aussi importantes, pourquoi ne pas avoir mené le projet à bout et proposé la même chose de façon totale, en carton recyclé, à la manière du fabricant German Maestro par exemple ?


A l'intérieur, nous avons donc le casque, une pochette de transport en tissus, un mode d'emploi en 4 langues (anglais, suédois, danois et allemand), le câble, un clip-cravate et un petit porte-clés en bois à l'effigie de la marque. Et c'est à ce moment précis que commencent les véritables déceptions.



En effet, si le casque présentait très bien à distance, on ne peut pas dire qu'il soit précisément réalisé à y regarder d'un peu plus près ! Les angles sont pour la plupart vifs, la qualité d'assemblage très aléatoire, et le réglage de l'arceau manque de tenue et de précision. Le bois n'est pas mieux loti, avec des logos mal gravés et irréguliers, l'un étant bien moins visible que l'autre, sur le premier casque reçu.
Mais il semble que le véritable problème vienne du plastique utilisé et du choix de sa finition douce, en aspect gomme, qui se raye beaucoup trop facilement et attire les poussières. Dans le cas de cette surface qui est là en vernis, un stockage de trop longue durée l'altère et la fait coller, ce qui est parfaitement le cas chez l'O310. Pour évoquer sa fragilité, on ne peut que constater avec déception les rayures qui se forment très rapidement au niveau de l'arceau...


Évoquons également le câble, très intéressant sur le papier. S'il est amovible et à télécommande, ses fiches sont plaquées or et en deux formats. La première est en 3.5 mm coudée et celles connectées aux écouteurs sont en 2.5 mm, identifiées du sens d'écoute avec séparation des pôles gauche et droit de la masse. Cela permet, si l'on trouve un câble compatible, d'utiliser l'O310 en symétrique.


Mais les fiches sont curieusement sales et celles en 2.5 mm dépourvues d'absorbeurs de torsion. Ajoutez à cela une finesse importante du câble, parions que ce dernier rendra l'âme très rapidement. On ne s'attardera pas sur le porte-clés en bois (quoique sympathique) et la sacoche, les deux sont d'une qualité très correcte.


Comme évoqué un peu plus haut, nous avons reçu en tout et pour tout deux casques. Nous n'avons malheureusement pas pu tester le premier, ce dernier ayant été livré avec des charnières totalement cassées au déballage (nous avons tout de même pu l'écouter un peu).


Quand au second, ces dernières étaient déjà fêlées, sans même l'avoir manipulé. Une fois pris en main et dès la première tentative d'utilisation, l'une des charnières a cédée, rendant le casque à nouveau inutilisable. Qu'il est surprenant de se retrouver avec l'un des deux écouteurs dans le creux de la main !

Serait-ce donc un soucis isolé sur une partie de la production ou global sur ce produit ? Nous ne le saurons jamais. Ceci dit, nous avons donc choisi d'effectuer une réparation temporaire afin de pouvoir tout de même tester entièrement ce casque.


Autrement, sur le haut des écouteurs se trouvent cinq évents. Une fois les coussinets enlevés, un filtre de confort et de poussière est collé directement sur l'écouteur. Démonté, le casque révèle une fabrication une fois encore très artisanale, avec de la colle en grande partie et même l'usage de stylo feutre. Les points de fixation des haut-parleurs sont encollés directement sur le bois et même les vis qui s'y insèrent ne sont pas droites mais légèrement de travers...



Visuellement, les écouteurs de 40 mm utilisés ne semblent pas dotés d'une technologie particulière. Mais l'arrière de la bobine présente néanmoins quatre évents et un cercle de filtrage quasi complet.


Vous avez dit "audiophile" ?

Les premiers instants d'écoute révèlent une sonorité feutrée et généreuse, avec ce manque de détails et de brillance flagrant, que l'on peut retrouver sur d'anciens casques vintage. Les basses sont en diffusion permanente et manquent de précision dans les premières heures d'écoute. Cette sonorité permet à l'inverse plus de chaleur et de proximité aux vocalises, comportement caractéristique des casques d'entrée de gamme, qui opposent souvent les qualités aux défauts et sont incapables d'avoir un rendu homogène sur l'ensemble du spectre.


On note également un manque de largeur et de profondeur, d'étagement et de discernement des sons, qui pataugent dans une sorte de fumée sonore un peu opaque. Après quelques jours d'écoute, il faut avouer que ce coté vintage n'est pas si désagréable et les basses se précisent. Mais il faudra oublier ces aigus cristallins et ces micro détails qui offrent une sonorité pleine de surprise et de vie aux morceaux. L'O310 est un casque qui s’accommodera un peu mieux aux titres minimalistes et récents.


On peut optimiser la sonorité en changeant les coussinets par d'autres à ouverture plus large par exemple et surface micro perforée, ou mieux encore, en tissus. Nous avons pu faire ces modifications, des graphiques sont disponibles ci-dessous. Et le résultat à l'écoute est agréable, avec plus d'homogénéité et de clarté, sans atteindre des sommets.


Confortable, mais pas optimal

En temps normal, l'O310 peut se mettre à plat et se replier vers l'intérieur. Mais ici, nous avons dû fixer les écouteurs ce qui le prive d'articulation. C'est à ce moment qu'une fois encore, nous avons pu confirmer son coté artisanal par la présence de graisse sur l'axe de rotation des écouteurs.


Contrairement à d'autres modèles nomades, l'O310 ne serre pas et son isolation phonique n'est, de fait, pas des plus efficace. Elle reste cependant correcte lors de l'écoute musicale. Le confort est lui aussi assez bon car les mousses sont douces et ne chauffent pas de façon excessive. Mais il faut avouer que le casque repose curieusement sur les oreilles, la partie supérieure des coussinets appuie un peu plus que le bas.


Citons également quelques produits similaires, voir totalement équivalents :

Un casque bois stylé, mais trop fragile

Malgré son intégration au sein d'EET, le casque Grape 0310 est resté assez confidentiel, dans nos contrées en tout les cas. Et cela peut se comprendre ! Comment peut-on espérer attirer et satisfaire le chaland avec un prix de départ aussi élevé, même s'il s'agit d'un casque en bois qui se dit audiophile ? Partant de ce dernier qualificatif, comment peut-on se permettre également un déséquilibre sonore aussi important (sur les graves en particulier) avec un tel manque de précision et de brillance ? Et on se demande même ce qu'apporte le bois d'ébène, hormis un certain style...


Même s'il y a quelques points positifs (bois véritable, rectification de la sonorité très simple), ce casque est difficilement recommandable pour sa fragilité et sa qualité de fabrication artisanale, trop aléatoire. En définitive, mieux vaudra s'orienter vers un modèle similaire car même s'il pouvait donner satisfaction dans un premier temps, sa fragilité le disqualifie totalement. Sans aucunes modifications ni optimisations, l'O310 est un casque nomade qui présente bien trop de manques pour un casque audiophile. Et d'ailleurs s'il n'était pas en bois, on pourrait très facilement le confondre avec un casque bas de gamme...



Spécifications officielles :
  • Référence : O310
  • Haut-parleurs :40 mm
  • Fréquences : 20 Hz - 20 kHz
  • Sensibilité : 110 +/- 3 dB (1 kHz, 1 mW)
  • Puissance d'entrée : 10 mW
  • Impédance: 32 ohm
  • Câble : 1,2 m TPE
  • Poids : 110 g
  • Matériau : bois d'ébène

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